Paysage / Durable

 

 

 

 

 

Galvez & Wieczorek - Valdemoro (E)

 

 

 

 

Obras architectes - Le Havre (F)

 

 

 

 

Arroyo - Guidotti - Sevilla (E)

 

 

 

 

BNR architectes - Montreuil (F)

 

 

 

 

Auxiliadora Galvez Pérez - Cordoba (E)

 

 

 

 

D. Franco, R. Sentkiewicz - Tromsø (N)

 

 

 

 

Socrates Stratis - Iraklion (GR)

Comment développer la ville dans l’entrelacement des échelles entre territoire et matérialité de l’objet en étant attentifs à la fois à la nature et aux citadins ? Comment s’inscrire dans un existant sans en hypothéquer l’évolution future, mais en révélant une nouvelle alliance entre nature et artefact ? Cette attitude se retrouve dans les projets d’équipes repésentant une figure nouvelle qui émerge à travers Europan, celle d’architectes des paysages durables.

- Gálvez & Wieczorek & Brunelli arquitectos
- Babled - Nouvet - Reynaud architectes
- Arroyo - Guidotti - Pérez arquitectos
- Obras architectes
- Franco, Sentkiewicz and Martínez arquitectos
- AA+U - Partnership for Architecture, Art and Urbanism

 

 

 

 

 

 

NOUVELLE ALLIANCE ENTRE NATURE ET URBANITE

(Extraits de l’article de Chris Yunès)

 

Entre apollinien et dionysiaque

Nietzsche dans La naissance de la tragédie a décrit le couple de dimensions opposées qui s’expriment dans l’art. La dimension apollinienne est caractérisée par l’ordre, la mesure, la sérénité, la beauté formelle. Manifestée depuis Socrate dans une culture idéaliste de distanciation et de refus de la nature jusqu’au mépris du corps de chair, elle s’est imposée dans la culture occidentale. La dimension dionysiaque, hymne à la vie, à la nature en l’homme jusqu’à l’ivresse des sens, est celle de « l’instinct esthétique qui dort dans la nature » ; Dionysos étant « le dieu dimorphe, ambivalent, à la fois destructeur et bienfaiteur, sauvage et sauveur ».
Trois postures architecturales particulièrement significatives - hybrider, fusionner et relier - manifestent des modalités de mises en œuvre qui se situent entre apollinien et dionysiaque.

- Hybrider

Dans une optique de soutenabilité, des stratégies d’entrelacement des échelles entre matière et territoire comme des hybridations entre artefact et nature sont privilégiées par l’agence OBRAS. La maîtrise de la relation à la nature est déléguée à des dispositifs techniques pour contrôler l’eau des pluies, les rayons de soleil, les vents, le froid, la chaleur… Dans le parc de la Ereta à Alicante (Espagne, projet primé Europan 4), les parcours de la ville historique se prolongent sur la colline reconquise... « Le parc réunit les dimensions telluriques, la mer, la montagne, l’horizon… l’ombre d’un olivier, la fraîcheur d’une pergola, la table d’un restaurant. » A Versailles, les tracés historiques qui avaient une volonté de maîtrise du territoire rejoignent la colline plantée d’en face. Le parc Saint Nicolas au Havre (France) « s’inscrit à la fois dans un imaginaire géographique (la présence du fleuve, la perception des horizons), une position politique (l’établissement de nouvelles porosités et équilibres avec le domaine portuaire, le regain de dignité de quartiers obsolètes) et un imaginaire géométrique et matériel : les tracés, le sol scarifié, usé et strié, la fonte, le béton et le grès ». A Toulouse, les lignes bâties laissent entrer en doigts de gant la campagne afin de pouvoir habiter la ville et se sentir en même temps proche de la campagne. Dans ces différentes réalisations, sont recherchés « la juste mesure, l’ordre, l’équilibre entre l’effort fourni et l’effet obtenu », en écho avec la part apollinienne de l’art, ainsi qu’une limite poreuse du bâti et de la nature par une géométrie du sol qui laisse des passages à la nature sauvage.
Carlos Arroyo qui traite l’hybridation d’une toute autre manière prend appui sur la réversibilité des espaces et sur la végétalisation ainsi que sur des données environnementales et écologiques, que ce soit dans le projet lauréat d’Europan 6 à Tolède, qui présente une structure habitable hybridant bâti et jardin et ouvrant à une multiplicité d’usages, ou bien à Séville où le bâtiment le plus significatif constitue un îlot dans lequel les toits deviennent des jardins où paissent des vaches ! Le centre de l’olivier renvoie radicalement au grand territoire et à l’idée d’une matière considérée comme vivante.

- Fusionner

Des mesures et des tracés, qui lient nature domestiquée, matrices territoriales et nature sauvage, permettent à l’agence BNR d’explorer d’autres limites et d’autres seuils entre intimité et espace du dehors partagé. A Montreuil (Seine-Saint-Denis, France) et à Nancy-Maxéville (France), dans des volumétries très compactes, un soin extrême est porté aux orientations des tracés, au découpage du sol, aux dispositifs de voisinage et de rapport au dehors (jardinets, balcons). Une grande attention est également donnée aux consonances avec les rythmes et les mesures propres à la structuration dynamique du territoire. A Quarrata (Italie), l’arpentage agraire révèle une mesure et une direction pour installer un nouveau paysage. A Saintes (France, projet lauréat Europan 3), la texture croisée des lanières de l’ilot Bassompierre installe un délicat équilibre entre un sol partagé, hérité, à la fois archéologique et tectonique, et l’intime jardinet protégé par les murs de pierre des venelles. Sont affirmées à la fois une communauté géographique et historique et une individualité préservée. L’aménagement de la place invente des équilibres entre les aménagements et la nature sauvage. Les pulsations du fleuve sont combinées à l’artifice pour définir un milieu urbain : un nouveau cœur de ville est créé en unissant les deux rives de la Charente. Au lieu de construire de grandes digues, le surgissement des crues sauvages est intégré dans les variations des dimensions de la place et dans une passerelle flottante. Des registres végétaux sont diversifiés (franges aquatiques, amphibies, terrestres), installant un paysage du fleuve à l’intérieur de la ville.
Maria Auxiliadora Galvez opte pour une recherche plus radicale de fusion dionysiaque en s’hybridant passionnément avec l’environnement immédiat par une architecture qui se relie au monde du fleuve et à celui des sensations. Les projets marquent moins les limites mais affirment les retrouvailles avec la nature éprouvée. Le projet de Cordoue (Espagne, projet lauréat Europan 6) qui vise à établir, dans un paysage naturel, une frontière floue et flexible entre le fleuve et la trame urbaine, prend des formes organiques : l’intention est de créer un « micromilieu » continu sur les rives du fleuve afin qu’une fois construite, la zone soit toujours perçue comme un parc et que cette imbrication en améliore les conditions climatiques tout en donnant l’impression de vivre dans une forêt au milieu des arbres, à l’intérieur des logements comme à l’extérieur. La ville a imposé le retrait mais le projet laisse entrer dans le quartier et l’architecture le paysage du fleuve. Dans ce projet comme dans le jardin d’enfants et l’école maternelle, dans la patinoire à Madrid (Espagne), dans le canal de Guadalmellato (Cordoue), les éléments primaires (eau, feu, terre et eau) sont avec la végétation au cœur des projets et les mises en œuvre de matériaux translucides sont traitées pour qu’ils se transforment en caisse de résonance sensible. Les techniques bioclimatiques permettent de privilégier le contact sensoriel.

- Relier

Dans les différents projets mentionnés, le grand paysage et la proximité des éléments naturels constituent un fond d’espaces publics ouverts. Ils permettent de relier en ouvrant des articulations. Ainsi, David Franco et Renata Sentkiewicz artificialisent en convoquant à Tromsø (Norvège, projet lauréat Europan 6) un paysage naturel très prégnant dans un milieu d’infrastructures. A l’intérieur d’un parc habité, ils développent des pièces urbaines comme des salons publics appropriables par les citadins et ouverts à différents usages, tout en ménageant la topographie présente. Socrates Stratis à Héraklion (projet lauréat Europan 4) vise une réappropriation du territoire au bord de l’eau. Dans la tradition des espaces publics en Grèce, sont combinés des espaces dessinés à d’autres non contrôlés avec pour objectif de relier le naturel et l’artificiel, le privé et le public et d’hybrider le local au translocal.
Le ménagement des lieux comme des nouveaux rapports établis entre nature et ville constituent de formidables leviers pour repenser les configurations d’un monde partagé en affinité avec le Dehors. Au-delà de représentations considérant la nature comme un paradis perdu ou un milieu hostile, et les humains comme des perturbateurs ou des maîtres du monde, cette quête de rythmes naturo-artificiels et de conditions d’urbanité constitue une ouverture esthétique et éthique critique et alternative.

 
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