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S333 - Grenoble (F)

Froeschter-Lichtenwagner - Innsbruck (A)

Tania Concko - Lyon (F)

Concko-Gautier - Zaanstad (NL)

Pierre Gautier - Den Haag (NL)

Boudry - Den Haag (NL)

OP Architetti - Milan (I)
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Des relations complexes entre ville et architecture sont en train de se renouer d’autant plus intimement qu’elles sont mises au
service d’une densification de la ville, qui apparaît, pour une grande partie de la nouvelle génération issue d’Europan,
comme un enjeu majeur. Elle permet de vivre la ville contemporaine plus intensément, tout en concevant des espaces individualisés permettant
la diversité des citadins de développer leurs identités et leurs modes de vie spécifiques.
- S333 Architecture + Urbanism
- Froetscher Lichtenwagner architekten
- Tania Concko architectes & urbanistes
- Pierre Gautier
- Atelier d’Architecture et d’Urbanisme - Boudry & Boudry
- OP architetti associati
REINVENTER LA DENSITE
(extraits de l’article de Didier Rebois)
Du diffus au durable
Une politique environnementale
L’approche écologique inverse le regard sur la ville, et si, au départ, elle est le fait essentiellement d’experts et de militants, elle va s’étendre progressivement
à une opinion élargie et à une partie des populations urbaines, plus rapidement, il est vrai, dans les pays du Nord de l’Europe, culturellement plus sensibles à
ces enjeux. En s’élargissant, le mouvement cherchera à influer sur les politiques pour essayer de modifier les modes de développement de la ville.
Si des règles générales pour un urbanisme soucieux de l’environnement sont nécessaires à l’échelle européenne, elles ne suffisent pas à garantir in situ une
qualité des espaces densifiés même si, dans les rues, le nombre de voitures a diminué et la qualité de l’air s'est améliorée. C’est pour combler ce manque
que les lauréats, réunis ici, ont choisi de formaliser des idées et des références spatiales nouvelles sur ce que pourrait être une architecture de la densité.
Le concours a été l’occasion pour eux de tester certaines démarches et types de solutions qu’ils ont, dans leur pratique ultérieure, approfondis avec succès
dans d’autres projets, rencontrant, pour la plupart d’entre eux, une adhésion de la maîtrise d’ouvrage à leurs propositions.
Des innovations induites par la densification
La densité comme base de créativité
L’agence S333 l’affirme d’emblée : densifier la ville dans le cadre de politiques durables n’est pas seulement une nécessité dictée par des soucis
environnementaux, c’est aussi un stimulateur pour une nouvelle créativité spatiale à des échelles entre urbain et architecture. Le rôle des jeunes
professionnelles est d’inventer ces nouvelles relations entre les entités spatiales que la densification rapproche. Il faut imaginer de nouvelles
morphologies urbaines à partir de la « promiscuité » des bâtiments et de leur interstices. Compacter des « maisons », autrefois éparpillées dans le
pavillonnaire suburbain, nécessite d'imaginer des relations graduées entre intimité et urbanité. Permettre à l’espace public d’entrer en contact avec
l’habitat doit pouvoir se concilier avec le ménagement d'espaces privatifs externes, prolongeant les logements. Il faut conserver la sensation d’habiter
une maison individuelle, même en ville.
Diversité versus flexibilité
Loin d’apparaître à la nouvelle génération comme un risque d’homogénéisation spatiale, la densité est pensée comme une occasion de créer des espaces complexes en
réponse à la demande multiple des citadins et à la diversité des modes de vie.
La célèbre agence hollandaise MVRDV a gagné Europan 2 autour d’un concept de monolithe urbain, une forme monumentale réagissant au contexte diffus en créant
un signe fort dans le paysage. Mais l’enveloppe, simple en apparence, cache une diversité de modules résidentiels déclinés en simplex, duplex et triplex,
emboîtés les uns par rapport aux autres. Rejetant l’idée de créer des espaces neutres avec un jeu d’aménagement ouvert, MVRDV propose au contraire des espaces
architecturalement très définis, mais qui se déclinent dans une multiplicité de figures, offrant aux habitants des choix en fonction de leur mode d’habiter.
Après le projet du concours localisé à Berlin proche du mur, mais non réalisé à cause de sa chute, MVRDV va décliner le concept sous des formes multiples dans
d'autres projets suivant les contextes rencontrés. Preuve que les projets primés à Europan ne répondent pas à une mode, mais anticipent plutôt une évolution de
la demande, ils seront amenés, dix ans plus tard, à réaliser à Madrid, dans un quartier périphérique, un immeuble tour très voisin de celui qu'ils avaient proposé
à Berlin.
Pour autant, essayer de répondre à la multiplicité des usagers n’implique pas de renoncer à une certaine flexibilité des espaces, en laissant des marges
de manœuvre et des formes d’appropriation aux citadins ; c’est en tout cas la position affichée de Pierre Gautier, mais partagés par d’autres jeunes professionnels.
Travaillant entre Paris et Rotterdam et donc confronté à des maîtrises d’ouvrage différentes, il cherche à trouver, dans chaque projet conçu dans le même esprit
que celui lauréat à Zaanstad pour Europan 2, la bonne adéquation entre prescription identitaire des espaces et ouverture et adaptabilité à l’évolution dans le
temps des modes de vie.
La mixité programmatique comme gage de l’intensité
A la compacité bâtie doit s’associer une compacité programmatique, pour reprendre une formule de l’agence Boudry lauréate à La Haye pour Europan 3.
Il ne s’agit pas seulement de juxtaposer ou de superposer des fonctions variées, mais plutpot de favoriser leur interactivité grâce à des dispositifs
spatiaux appropriés. Proposer dans un ensemble résidentiel des commerces sera l’occasion pour S333 à Zaanstad de créer une rue vivante entre deux entités de
logements. Et comme dans la réalisation du projet de Fröschter et Lictenwagner, lauréats d’Europan 4 à Innsbruck, cette association habitat-shopping peut se
compléter par des fonctions culturelles favorisant la rencontre dans des équipements bâtis mais aussi dans l’espace public.
Pour la nouvelle génération, la densité ne saurait s’imaginer sans une certaine dose d’intensité urbaine. Et il est donc fréquent de voir les lauréats d’Europan
participer en amont de leurs projets à la réflexion programmatique qu'ils articulent très précisément à celle qu’il mène sur le plan morphologique.
C’est le cas de Tania Concko, lauréate d'Europan 2 à Zaanstad, qui travaille sur la restructuration d’un campus à Bordeaux produit à l’origine sur le
modèle insulaire et monofonctionnelle du zoning urbain des années 1970. Partant de l’autonomie de fait entre espace urbain et objets architecturaux,
elle propose une densification autour de trois lignes de force, conçues comme des plateformes linéaires reliés par un parc et des réseaux. Sur chaque
plateforme, espaces d’enseignement et espaces de services viennent s’imbriquer - dans un rapport qu’elle qualifie de fusionnel - avec l’espace public composé
dans l’épaisseur de deux plateaux interconnectés, créant une rue verticale très vivante.
Ces quelques thèmes et références suffisent à démontrer que la nécessaire densification des villes européennes peut aller de pair avec une réelle dynamique
spatiale et sociale. Sans pastiche d'un soi-disant modèle européen, et sans renoncement à la vitalité urbaine au nom d’une ville durable aseptisée,
la trentaine de projets présentés dans ce chapitre montre qu’autour du thème de la densité, et dans les contradictions positives qu’elle engendre,
peuvent se nouer des relations nouvelles entre ville et architecture.
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