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Préambule
: trois thématiques transversales
Europan souhaite favoriser l’expression d’une forme
d’innovation architecturale et urbaine. Mais en même
temps Europan oeuvre pour que les idées primées
au concours puissent évoluer vers des réalisations.
Afin de favoriser la prise en compte de ce processus complexe
par les représentants des sites proposés à
la huitième session, Europan a organisé en novembre
2004 à Ljubljana (Slovénie) un forum avec toutes
les villes et les aménageurs participants à la
huitième session L’objectif était d’engager
un débat avec eux pour explorer précisement suivant
quelles logiques pouvait se nouer cet entrelacement de representations
multiples, suivant quels systèmes d’échanges
et de regards croisés sur la mutation d’un site
s’effectue l’évolution des idées vers
des projets concrets.
Ce débat s’est centre, à partir du theme general “urbanité européenne”, sur les thèmes majeurs auxquels les acteurs vont être confrontés dans le developpement des processus de réalisations dans des situations urbaines diverses et où ils doivent s’attendre a avoir des réponses innovantes, quelque fois surprenantes en termes de projets, qu’il leur faudra gérer.
Ces thèmes en fait peuvent être considérés comme ceux qui traversent toutes les sessions d’Europan : les enjeux programmatiques, les questions d’échelles et le rapport entre ville et nature.
Ces mêmes thèmes sont ceux qui interpellent les concurrents d’Europan 8, c’est pourquoi la synthèse des trois débats du Forum des sites est une entrée en matière pour réfléchir plus largement sur le cadre programamtique transversal de la session.
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HABITER
LA NATURE
Didier Rebois, secrétaire général Europan
Les citadins aspirent à « habiter la nature ». Ce thème concerne plusieurs réalisations
d’Europan, qui ont pris en compte la valorisation ou la création d’espaces naturels a
différentes échelles. Il peut s’agir de la conception d’un grand parc metropolitain en centre
ville, ou au contraire de l’insertion, a l’échelle domestique, de micro-éléments végétaux dans
les espaces de transition entre logements.
Vivre dans la nature répond a un besoin universel de l’être humain, comme part du vivant.
Mais des interprétations très différentes de la nature sont fournies par les lauréats d’Europan.
Leurs points de vue culturels sur l’environnement naturel, dès lors qu’il devient urbain, nourrit
un débat qui se poursuit dans les réalisations, comme à Alicante en Espagne où l’équipe
lauréate française Obras a pu réaliser un parc urbain sur une colline au centre de la ville qui
offer aux citadins un vaste espace ouvert appropriable. Mais un parc peut être habité et apporter une réponse intéressante, alternative a la l’habitat individuel consommateur de terrain et à
l’habitat collectif dense, souvent mal ressentie par les usagers. D’autres projets primés à
Europan travaillent sur la fusion entre architecture et nature à l’échelle urbaine alternant
masses végétales et masses bâties dans une grille urbaine, ou à l’échelle architecturale en
concevant de nouvelles façades traitées comme des peaux végétales.
Les deux projets qui ont servi de références au débat sont de type très différents. A
Amterdam sur le fleuve, proche du port déjà transformé en quartier de logements, le projet
d’IJburg repose sur une artificialisation extrême de la nature avec la création d’îles
résidentielles; alors que le projet en cours de réalisation d’Europan 7 à Tromso en Norvège
de l’équipe lauréate espagnole, Franco Sentkiewicz, propose une nouvelle manière d’habiter
au bord de l’eau dans un paysage naturel de grande qualité qu’il s’agit de « valoriser » plus
que de « conquérir ». |
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Han
Meyer, professeur, chercheur, Delft(NL) membre du Comité
scientifique d’Europan.
Qu’est-ce qui est de l’ordre de l’urbain et
qu’est-ce qui est de l’ordre de la nature et
quel type de relation entretiennent-ils?
Si nous observons ce rapport dans différents pays, on
constate des approches et des perceptions complètement
différentes. Il est intéressant de comprendre
ce que signifient ces différences dans le contexte de
la mondialisation. La question qu’on pourrait se poser
est comment éviter une uniformisation de l’architecture
et de la nature, comment éviter que tout devienne identique
dans les années futures. Roger
Riewe, architecte, Graz (A) membre du Comité scientifique
d’Europan :
L’idée de la nature effectivement n’est pas
la même suivant les régions, donc il est important
de traiter les aspects spécifiques et la manière
dont elle est perçue. La vie urbaine dans la nature n’est
pas seulement une question philosophique ; et si nous regardons
l’histoire du dix-neuvième siècle, on trouve
différentes manières de penser l’intégration
de la nature et de la ville. On associe la nature urbaine avec
l’idée d’harmonie qui a soustendu beaucoup
de doctrines qui ont défendu les parcs urbains ou les
cités-jardins ou encore les villes vertes. Ce qui leur
est commun c’est l’idée de se débarrasser
de tout ce qui était laid, dans la ville industrielle,
la pollution ou la trop grande densité, de résoudre
une situation malsaine et créer des environnements d’harmonie
sociale. Cette question de savoir comment la nature peut contribuer
à rendre la ville harmonieuse est-elle toujours d’actualité
? Notre débat devra aussi s’intéresser à
la manière de transférer ces idées sur
la relation nature-ville dans les projets urbains. |
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IJBURG
AMSTERDAM, DES ILES ARTIFICIELLES POUR UN NOUVEAU QUARTIER RESIDENTIEL
URBAIN |
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Ton
Schaap (Nl), urbaniste de la Ville d’Amsterdam
IJburg se situe aux abords d’Amsterdam, sur un lac. Le site fait partie d’un développement très important sur le delta relié aux grands ports qui se sont installés vers l’ouest. Mais pourquoi la
ville intensifie-t-elle ces activités de ce côté alors que le souhait était de garder un
environnement et des surfaces vertes à la sortie de la ville ? Il serait facile de céder à la
pression écologique aujourd’hui car il suffit de prendre son vélo et en 15 minutes, vous vous
retrouvez à IJburg en pleine nature.
Jusqu’il y a deux siècles, le tissu urbain et l’espace public coïncidaient, l’infrastructure des
canaux à été utilisée pour les transports des marchandises, mais les gens pouvaient
également s’y promener. Ceci a commencé à changer avec la révolution industrielle avec un
dock qui a été construit en 1860 combiné avec la gare centrale, impliquant une combinaison
de transports, de mouvement. Mais personne ne vivait-là, c’était très dangereux, surtout la
nuit, ce qui a entraîné, sur cet espace, une ségrégation des fonctions. Maintenant qu’il n’y a
plus d’activités portuaires et de transports lourds, nous pouvons le réaffecter à d’autres
fonctions.
Les terres de ce nouvel archipel urbain représentent maintenant une surface très étendue et
on va y construire 6000 logements, et comme la municipalité a retenu l’idée d’une certaine
mixité, à l’habitat vont âtre ajoutés des équipements, des infrastructures et des magasins.
Nous trouvons donc à proximité d’une ligne chemin de fer et le grand réseau autoroutier a été
relié au système de rues et de ruelles nouvelles, aux zones de stationnement, aux zones
piétonnes. Bref l’accessibilité sur le site est très bonne. Ce qui est intéressant dans ce projet,
c’est son contexte, celui de la confrontation entre les infrastructures lourdes, les entrepôts, les
entreprises et la nature préservée telle qu’elle était il y a cinquante ans
Mais interrogeons nous sur ce que signifie la nature aux Pays-Bas ? Ce sont les espaces de
pâturages bordés d’eau pour les vaches et les moutons surtout. C’est typique et pourtant tous
ces espaces naturels ont été créés artificiellement à travers le réseau des digues avec une
limite stricte entre la ville et la campagne. Et comme faire de la bicyclette est une activité très
importante pour les hollandais, les digues bordées de pompes à eau sont très attractives pour
les cyclistes.
En réalité l’île d’IJburg a été divisée en deux îles résidentielles, chacune avec sa propre
texture, et son propre tissu urbain.
Une trosième île a été spécialement dédiée aux oiseaux, une manière de calmer beaucoup de
protestations environnementales contre le projet. Cette île en plus a été le résultat de
négociations avec les habitants d’Amsterdam et finalement d’un référendum. Des mesures ont
été prises pour permettre à la vie naturelle de se poursuivre comme par le passé avant la
construction de cet archipel artificiel. Sur les îles urbanisées la hauteur maximale autorisée
des bâtiments est de huit étages, mais il y a aussi des maisons individuelles plus petites de
l’autre côté. Aujourd’hui tout ceci ne ressemble plus à une île mais à une nouvelle grille
urbaine. Et le plus grand espace public d’IJburg, est une plage, c’est une idée géniale, un
espace devenu très populaire, très attractif, très en vogue en été.
Pour réussir ce projet on a d’abord pensé une bonne accessibilité et une bonne délimitation
entre ce qui est privé et public. Sur l’île voisine appelée Java, on compte d’un côté des
maisons individuelles avec des jardins vers l’eau, et de l’autre, ce qui est public avec les
voitures, l’accès aux cyclistes et aux piétons. Cette extension urbaine offre beaucoup de
possibilité pour inventer de nouvelles typologies de blocs ou d’immeubles. Nous l’avons
reprise sur les deux îles bâties.
A Havane Island, on s’est inspiré des parcs urbains créés au XVIIème siècle par un ingénieur
de génie civil pour un marchand riche d’Amsterdam aux débuts du capitaliste : des maisons,
des allées et de très belles fermes.
Nous nous sommes dit « nous allons dessiner une grille avec plusieurs ilôts, avec au milieu
une rue pour le transport public et une vue sur l’eau pour tous. Manhattan était une autre
source d’inspiration, car le pari du projet, c’est de faire construire l’ensemble par des
entreprises privées. Le sol est occupé avec efficacité et la municipalité ne prend en charge
que la voirie et les services communs.
Les types de voiries varient selon les îles. Le tramway au milieu les relient, des ponts ont été
conçus suffisamment hauts pour que les bateaux puissent passer, les rues sur l’île font de 20
à 30 mètres de large et sont complétées par un réseau de mobilité douce, des sentiers
piétons, des espaces publics, des allées. Le quai public qui borde un côté des îles s’oppose de
l’autre côté aux maisons dont les jardins donnent sur l’eau.
Quatre parcs sont prévus, une manière d’introduire la nature plutôt domestiquée et cultivée
avec des aires de jeux pour les enfants. Même si la densité est relativement élevée, 70
maisons par hectare, chacun peut disposer d’un jardin, soit sous forme de jardins privés
attenant aux logements soit sous forme de surfaces vertes communes avec suffisamment
d’espace de parkings pour les vélos.
Les premiers immeubles sont en voie d’achèvement et donnent sur une rue d’une largeur de
20 mètres. La réglementation repose sur un principe simple : un extérieur formel, un intérieur
informel. Il a a quand même quelques déceptions en termes de programme, la
deterioration économique du marché du bâtiment à conduit à certaines erreurs, qui je l’espère,
seront évitées par la suite.
Au pied des maisons individuelles, on trouve des pontons qui permettent de rejoindre l’eau qui
est très propre à cet endroit, on peut s’y baigner ou bien y accrocher son bateau.
La diversité architecturale étant recherchée, il y a eu aussi une volonté de faire travailler
ensemble des architectes sur le projet d’un même îlot. Mais la répartition ne se fait pas
verticalement mais horizontalement, l’un s’occupe du rez-de-chaussée, un autre des premiers
étages, un autre des derniers et le quatrième est chargé de disposer des maisons sur le toit.
L’ensemble représente un grand investissement pour un programme multifonctionnel. Pour
l’espace public, on essaie de définir aussi bien que possible la place des arbres, les parkings,
les zones piétonnes, les grands parcs paysagers ou l’on trouvera des cafés où les pères
pourront regarder leurs enfants jouer dans le sable. Le grand parc sera constitué autour
d’éléments naturels comme le sable, l’herbe, le granit et les arbres plantés. |
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Débat avec les représentants des sites Europan 8 |
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Han
Meyer : Les Pays-Bas sont un pays intéressant
quand on parle de nature. S’agit-il d’une nature
naturelle ou d’une nature artificielle ? Difficile de
trancher ! Cependant il est surprenant que pour ne pas construire
dans la nature, dans les zones vertes autour d’Amsterdam,
on construise près de l’eau car l’eau fait
partie de la nature et elle est même plus naturelle que
les zones vertes. Dans quelle mesure la nature ne joue-t-elle
pas un rôle surtout au niveau de l’image, de la
communication du projet? Quand on met en œuvre et réalise
un projet de cette envergure, quel poids le concept de nature
a-t-il eu dans les débats qui ont précédé
la mise en œuvre ? |
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Ton
Schaap : La première décision de bâtir
Ijburg à été prise par les responsables
politiques de la ville. L’eau fait partie évidemment
de la nature mais elle est, à cet endroit peu profonde.
L’une des raisons aussi, c’est que l’eau appartient
à la ville contrairement aux terres agricoles qui ne
sont pas sa propriété. Nous avons offert également
dans ce projet plusieurs mesures de compensations comme les
îles exclusivement réservées aux oiseaux,
ou les parcs… Ceci a joué un rôle important
dans les négociations avec les responsables de la préservation
de l’environnement. Dans un premier temps, ces organisations
étaient contre le projet urbain, mais ensuite, il y a
eu un référendum au résultat favorable.
Et puis ce projet permet également de rédynamiser
les rives, phénomène urbain commun à beaucoup
de villes en Europe depuis une dizaine d’années
comme Barcelone, Gênes, Berlin, Hambourg où on
réactive les rives des fleuves au sein des villes. |
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Dieter
Polkowski, Chargé de l'aménagement urbain, à
Hambourg : La situation à Hambourg est assez différente
parce que nous avons à intégrer les flux. Entre
marées hautes et basses, la différence peut atteindre
sept mètres. Cela oblige à avoir une approche
différente envers l’eau et envers la nature. |
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LA
NATURE RESISTE-T-ELLE A L’URBAIN ? TROMSO, projet Europan
7 |
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Knut Erik Dahl, président de Europan Norvège
et urbaniste de la ville de TromsØ :
L’université de TromsØ a lancé
un programme d’étude sur le futur de la région
qui est située au nord de la Norvège. J’ai
eu beaucoup de mal à croire ce que dit la conclusion
de cette étude : lorsque mes enfants seront aussi vieux
que moi aujourd’hui, ils pourront ramer jusqu’au
Japon, en raison de la fonte des glaces qui est annoncée.
Cela opérera un changement radical dans ces régions
du Nord qui sont un point géopolitique important de
la Planète. Aujourd’hui on assite à la
réouverture de la frontière russe et des échanges,
alors qu’avant c’était le centre géopolitique
de la Guerre Froide. Maintenant c’est un endroit stratégique
parce qu’un quart des ressources de pétrole et
de gaz se trouve ici. Cette région compte également
beaucoup de forêts, de minerais. Tout le monde est conscient
que des changements dramatiques peuvent survenir ici. Il y
a beaucoup d’incertitude dans la région tout
entière et il y a aussi la probabilité d’une
instabilité. Le risque est important de dépôt
de déchets atomiques, partant de Saint-Pétersbourg
et transportés jusque là par la Mer Baltique.
La Norvège a investi 16 millions de Couronnes dans
le Terminal de la Mer du Nord. Nous avons aussi un pôle
académique et scientifique. Mais je me demande où
sont les chercheurs qui s’intéressent vraiment
à la transformation de cette région ?
A Tromso, vous êtes dans la vraie nature, celle offerte
par Dieu, la nature originale. C’est cette nature authentique
que je défends. J’ai une position morale là-dessus.
Hier On m'a demandé « comment vous pouvez vivre
là-haut » ? Là où il fait toujours
noir au milieu de la journée. Il est vrai que ceci
a des effets très étranges sur la personnalité
et sur l’identité. La ville de TromsØ,
selon certains n’est pas une ville mais une «
notion ».
Lorsque l’on parle de l’avenir, il y a des déclarations
qui ont plus longue vie que d’autres. Tromso est une
ville verte, en fait une île verte, avec une Université
mais depuis quelques années la ville a été
entreprise par les maîtres d’ouvrage. Les gens
vivaient dans de petites maisons et puis l’île
est devenue un lieu d’expérimentations architecturales.
Avant il n’y avait rien sur cette île, c’était
la nature. Tout projet architectural doit assumer une position
dans quelle mesure va-t-on introduire la nature artificielle
dans le projet et dans quelle mesure va-t-on transformer la
nature originelle et authentique. Plusieurs concours internationaux
ont été organisés à TromsØ.
L’un a été gagné par l’agence
Space Group autour de cette question « comment traiter
l’eau dans son rapport avec la nature ? ». Le
site d’Europan 7 situé sur le continent en face
de l’île centre renvoit également à
cette question du rapport eau et espaces urbains nouveaux,
mais plus globalement à la question : comment peuvent
cohabiter quartiers résidentiels plus urbains et nature
forte avec sa beauté mais aussi sa rudesse, le froid,
la neige, la lumière diurne assez rare.
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David
Franco, architecte Madrid (E) architecte lauréat à
Tromso :
Notre projet lauréat au concours avait une approche à
la fois poétique et scientifique. Et concernant le contexte,
il y avait évidemment beaucoup de choses que nous ne
connaissions pas et qui nous ont échappé. Pour
nous le projet d’idées a consisté essentiellement
à répondre à la question : est-il possible
de faire un projet d’habitat qui tienne vraiment compte
de la lumière arctique. Nous avons essayé d’orienter
nos tours, pour jouer avec la lumière que nous avons
utilisé comme un moyen de médiation.
Après le concours, nous nous sommes rendus à TromsØ
où nous avons rencontré le maître d’ouvrage
qui était un propriétaire privé unique
ce qui était un élément très favorable.
Nous sommes entrés dans un processus opérationnel,
et une étude de faisabilité nous a été
confiée. Le maître d’ouvrage a exigé
que les typologies soient mixtes. Mais compte-tenu de la conjoncture
du marché immobilier, il y a eu une période où
la pression de construrie sur le site est devenue beaucoup moins
grande. Et plutôt que de réajuster le processus
prévu dans l’étude, nous l’avons abandonné
et nous avons recommencé le projet. Nous avons donc franchi
trois étapes, le projet de concours, l’étude
dans la continuité et le projet repensé pour cause
de conjoncture . Nous sommes très satisfaits de cette
situation qui nous a obligé à remettre en question
notre démarche, même si beaucoup d’idées
de départ sont maintenus aujourd’hui. Ce nouveau
projet ne me plait pas autant architecturalement, plastiquement
que celui du concours, mais le processus que nous avons traversé
professionnellement depuis le concours est très enrichissant.
Cela tient pour une bonne part au fait que les maîtres
d’ouvrage nous ont donné presque carte blanche,
bien que ce soit assez risqué pour eux. Ils ont juste
suggéré le type d’habitat et les densités
qu’il fallait viser.
Après avoir développé un plan linéaire,
nous l’avons ensuite divisé selon les typologies
mixtes entre édifices élevés et d’autres
plus bas dans un rapport à la nature. Quand nous avons
découvert le site, ce qui nous avons compris,
c’est l’importance de la flore, de la végétation
et nous avons à côté du site quelque chose
de rare, une forêt que nous avons prise comme point de
départ en essayant de l’étendre, dans une
séquence d’espaces naturels et artificiels communaux.
Nous avons dessiné des bandes vertes prenant la forme
d’un L et nous avons créé trois types
de bâtiments différents. Cela nous a conduit
ensuite a proposer un projet très varié en
jouant avec des variations autour d’un type d’édifice
tenant compte d’une bio corrélation, intégrant
les zones naturelles environnantes. Nous avons pris en compte
dans la conception urbaine et architecturale les traits naturels
du site en les respectant, voir en les valorisant.
En plus du projet proprement dit de quartier résidentiel
relié à la nature, on nous a demandé
une autre étude urbaine au nord du site dans la relation
aux réseaux et à l’accessibilité.
La solution que nous avons proposée au maître
d’ouvrage principal, une société commerciale
de transport de TromsØ et à toutes les autorités
locales, consiste à comprendre la nature et à
travailler le projet en parallèle et dans une progressivité.
Par exemple nous avons conçu un nouveau parc de stationnement
qui va changer toute la structure du terrain, ensuite la route
a été repensée comme artère principale
de communication reliée à un pont. Ces espaces
se mettent en place dans un rapport de découverte progressive
de la nature. Nous avons dessiné une passerelle recouverte
d’un toit qui franchit la route pour aller vers la forêt
de l’autre côté, créant une sorte
de corridor ; puis nous avons projeté six immeubles
reliés à deux autres passerelles vertes qui
traversent également la route.
Pour réintroduire de la nature dans notre projet, nous
partons de ce que l’on trouve ici sur place en Norvège.
Par exemple on voudrait se servir pour dessiner le paysage
de ces plantes étranges qui ne sont ni des algues ni
des mousses, mais des lichens.
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Débat avec les représentants des sites Europan 8 |
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Han
Meyer : Ce qui est frappant dans cette démarche,
c’est de voir comment on peut changer sa façon
de voir une fois qu’on intégre la complexité
de la réalité et de la spécificité
du contexte. La différence à Tromso comparée
avec le cas de Ijburg c’est qu’il ne s’agit
pas de créer une nature nouvelle mais le projet architectural
doit s’intègrer dans la nature existante.
Carlos Fernandes, ingénieur,
directeur de la planification urbaine de Sintra (P) :
Tout ceci me rappelle un vers d’un grand poète
portugais « Si un jour, vous trouviez les limites de l’infini,
si l’infini a des limites, alors repoussez les avec vos
bras ! ». José
Maria Cardenas Arnedo, directeur général de l'habitat
de la région Cantabrique en Espagne : Il me semble
que nous n’étudions pas suffisamment s’il
est possible de vivre dans la nature en respectant l’existant.
Et c’est le grand défi qui se pose en Cantabrique.
Nous voulons voir une typologie de bâti qui peut être
réalisée là sans intervenir sur la nature,
il s’agit d’un exercice que connaissent bien les
ingénieurs et qu’ils savent résoudre. Il
s’agit de sortir de cette lutte des êtres humains
contre la nature, et de savoir si l’homme aujourd’hui
est capable de vivre dans la nature. Au nord de l’Espagne
nous avons une grande nature sauvage où l’on se
demande s’il faut interdire toute transformation de la
côte, du littoral. Mais évidemment beaucoup de
villes n’existeraient pas si on interdisait toute construction
sur le littoral. Pour moi c’est ce qui se situe au cœur
de la discussion : entre transformer la nature et y vivre sans
la détruire comme à Tromso ou construire une nature
artificielle dans les zones qui font l’objet de nouveaux
ouvrages comme à Amsterdam. Coloniser la nature sans
la changer, en respectant les environnements et les conditions
climatiques spécifiques, est-ce possible ? |
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Ola
B. Siverts, urbaniste et anthropologue social à Bergen
Norvège : En Norvège, il faut savoir que
la nature fait toujours partie intégrante des projets
même dans les centres-villes. Je suis anthropologue urbain
et je préside un bureau d’architecture et d’urbanisme.
Vous pensez sans doute que les norvégiens sont un peu
exotiques. La ville de Bergen qui compte 35 000 habitants, et
qui partcipe à Europan 8, a proposé un site plutôt
à l’extérieur de la ville. Comme membre
de l’association des habitant de cette commune, j’ai
discuté avec des habitants du quartier où est
situé le site. L’un d’eux est un géologue,
donc son activité prend place dans la nature, et quand
il va se promener en centre ville, ce qui le frappe c’est
pas la densité très prononcée, mais l’intervention
d’éléments naturels en site urbain, les
pavés viennent du Portugal, le granit de Chine, les pierres
de l’Eglise sont originaires du Nord de la Norvège
alors que le marbre lui vient d’Italie. La nature a pénétré
la ville.
Il y a là également un botaniste qui a observé
la ville de son point de vue : il y a trouvé toutes sortes
de plantes, dans les parcs, treize essences différentes
d’arbres originaires de Norvège. Il a organisé
une visite de ce quartier pour les élèves des
écoles pour découvrir ces arbres tout en présentant
l’histoire naturelle de la Norvège. Enfin un zoologue,
toujours habitant de ce quartier, lui a compté les différentes
espèces d’oiseaux, de rats et autres animaux présents
en ville. Ce sont différents spectres de la vie naturelle
et sauvage présente au centre-ville.
Donc en Norvège dans toutes les villes on reste près
de la nature. En 10 -15 minutes à pied ou en autobus,
vous êtes en pleine nature. Il est dans notre culture
d’aller dans la nature pour purifier nos âmes pour
ainsi dire. Il est important pour tous les architectes qui souhaitent
gagner le concours en Norvège de comprendre la conception
de la nature dans ce pays. Comment la nature est impliquée
dans la vie d’un Norvégien. Elle fait partie de
notre identité.
Roger Riewe : La nature comme
une construction est un thème important parce que la
nature n’est que la représentation que l’on
s’en fait. L’idée même de l’authenticité
de la nature est une notion construite de la nature. Il faut
sortir de l’idée que la nature est colonisable
par l’homme et se rapprocher d’une vision trans
historique car nous avons toujours travaillé avec la
nature. Au XIXe siècle nait la notion de paysage et c’est
concrètement à ce moment là qu’on
se met à construire des paysages. À l’extérieur
de Graz par exemple un site a été complètement
transformé il y a deux cents ans parce que l’Archiduc
voulait qu’il ressemble à la Toscane. Or aujourd’hui
tout le monde pense que ce paysage ressemble naturellement à
la Toscane
Adriaan van der Linden, chargé
de projet urbain à Dordrecht aux Pays-Bas : Nous
avons cinq rivières qui traversent la ville de Dordracht
et nous avons des concepts différents en ce qui concerne
l’intégration de la nature dans le tissu urbain.
Nous l’appelons cela système territorial et stabilité
écologique. Le réseau actuel couvre non seulement
le paysage qui entoure la ville mais celui qui traverse la ville.
Les vallées des rivières sont inconstructibles.
Des zones vertes traversent la ville, l’une est située
sur la rive d’une rivière. Nous dessinons un projet
urbain particulier en créant des espaces naturels entre
des zones urbaines fortes et la rivière.
A Dordrecht, comme à Hambourg, nous devons intégrer
dans l’urbanisme le phénomène des marées
car les problèmes de crues réapparaissent régulièrement.
C’est pourquoi la ville est construite en grande majorité
au-dessus du niveau de l’eau. Les crues et les marées
rythment la vie de la ville, surtout de la vieille ville, qui
est le delta le plus bas en Hollande et aussi la partie la plus
fragile en ce qui concerne la lutte contre les crues. Nous avons
appris que nous ne pouvons pas contrôler l’eau,
qu’il faut la laisser couler à son rythme et vivre
avec. Un des défis est de trouver une forme architecturale
qui pourra faire face aux crues. Il y a 400 ans, on a construit
des maisons dans lesquelles les planchers étaient faits
de pierre que les gens lavaient après les crues et ils
transportaient leurs meubles au premier étage. Aujourd’hui
les meubles sont trop lourds pour pouvoir être montés au 1er
étage, ce qui est une erreur. On pense qu’on peut
ignorer la nature, mais c’est aussi dangereux de l’ignorer
que d’essayer de la controler. Au pied d’un grand
polder, il y avait un site où nous avions prévu
une zone industrielle. Nous avons commencé sa construction
20 ans après sa conception, et c’est à ce
moment-là que nous avons découvert que c’était
une zone naturelle et inondable. Au lieu de construire de grandes
digues, il faut plutôt prendre en compte les crues comme
un élément à intégrer dans la vie
urbaine. |
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Dieter
Polkowski, chargé de l'aménagement à Hambourg
en Allemagne : À Hambourg une solution très
intéressante a été adopté pour les
crues qui peut appraître un peu contradictoire. Pour nous
ce serait une catastrophe de laisser les masses d’eau
inonder le port. Le site à Hambourg n’est pas situé
dans la nature mais dans une zone industrielle. où la
nature a été beaucoup exploitée. Quand
on parle du développement, on parle toujours comment
créer des espaces attrayants où les gens aiment
vivre, où la qualité de l’eau est évidente
et donc contribue à l’attractivité de ces
espaces. Mais nous avons pris le parti de surélever les
espaces bâtis près de l'eau pour se protéger contre
les inondations. Les défenseurs de l ‘environnement
réclament de retrouver les conditions topographiques
naturelles et de vivre en conformité avec la nature.
Mais malheureusement pour vivre proche de la nature à
Hambourg il ne suffit pas de planter des arbres au bord de l’eau,
il faut aussi construire des plateformes surélevées
pour se protéger.
Ton Shaap : La proximité
de l’eau et donc de la nature est une qualité spécifique
qui attire les gens surtout pour l’espace résidentiel.
Je pense que la combinaison, vélo + bateau a un grand
avenir dans la mobilité urbaine dans les dix ans à
venir. A Ijburg il est prévu que les habitants puisent
circuler en bateau pour rejoindre le centre ville qui est assez
proche. C’est une situation très attractive. Je
ne dirais pas qu’il s’agit d’urbanité
forte mais d’une ville calme car résidentielle
où pour ce qui est des activités de récréation,
on se rend facilement et rapidement dans la grande ville. |
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