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Thème : Nature
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  Préambule : trois thématiques transversales
Europan souhaite favoriser l’expression d’une forme d’innovation architecturale et urbaine. Mais en même temps Europan oeuvre pour que les idées primées au concours puissent évoluer vers des réalisations. Afin de favoriser la prise en compte de ce processus complexe par les représentants des sites proposés à la huitième session, Europan a organisé en novembre 2004 à Ljubljana (Slovénie) un forum avec toutes les villes et les aménageurs participants à la huitième session L’objectif était d’engager un débat avec eux pour explorer précisement suivant quelles logiques pouvait se nouer cet entrelacement de representations multiples, suivant quels systèmes d’échanges et de regards croisés sur la mutation d’un site s’effectue l’évolution des idées vers des projets concrets.


Ce débat s’est centre, à partir du theme general “urbanité européenne”, sur les thèmes majeurs auxquels les acteurs vont être confrontés dans le developpement des processus de réalisations dans des situations urbaines diverses et où ils doivent s’attendre a avoir des réponses innovantes, quelque fois surprenantes en termes de projets, qu’il leur faudra gérer.
Ces thèmes en fait peuvent être considérés comme ceux qui traversent toutes les sessions d’Europan : les enjeux programmatiques, les questions d’échelles et le rapport entre ville et nature.


Ces mêmes thèmes sont ceux qui interpellent les concurrents d’Europan 8, c’est pourquoi la synthèse des trois débats du Forum des sites est une entrée en matière pour réfléchir plus largement sur le cadre programamtique transversal de la session.

  HABITER LA NATURE
Didier Rebois, secrétaire général Europan

Les citadins aspirent à « habiter la nature ». Ce thème concerne plusieurs réalisations
d’Europan, qui ont pris en compte la valorisation ou la création d’espaces naturels a
différentes échelles. Il peut s’agir de la conception d’un grand parc metropolitain en centre
ville, ou au contraire de l’insertion, a l’échelle domestique, de micro-éléments végétaux dans
les espaces de transition entre logements.
Vivre dans la nature répond a un besoin universel de l’être humain, comme part du vivant.
Mais des interprétations très différentes de la nature sont fournies par les lauréats d’Europan.
Leurs points de vue culturels sur l’environnement naturel, dès lors qu’il devient urbain, nourrit
un débat qui se poursuit dans les réalisations, comme à Alicante en Espagne où l’équipe
lauréate française Obras a pu réaliser un parc urbain sur une colline au centre de la ville qui
offer aux citadins un vaste espace ouvert appropriable. Mais un parc peut être habité et apporter une réponse intéressante, alternative a la l’habitat individuel consommateur de terrain et à
l’habitat collectif dense, souvent mal ressentie par les usagers. D’autres projets primés à
Europan travaillent sur la fusion entre architecture et nature à l’échelle urbaine alternant
masses végétales et masses bâties dans une grille urbaine, ou à l’échelle architecturale en
concevant de nouvelles façades traitées comme des peaux végétales.
Les deux projets qui ont servi de références au débat sont de type très différents. A
Amterdam sur le fleuve, proche du port déjà transformé en quartier de logements, le projet
d’IJburg repose sur une artificialisation extrême de la nature avec la création d’îles
résidentielles; alors que le projet en cours de réalisation d’Europan 7 à Tromso en Norvège
de l’équipe lauréate espagnole, Franco Sentkiewicz, propose une nouvelle manière d’habiter
au bord de l’eau dans un paysage naturel de grande qualité qu’il s’agit de « valoriser » plus
que de « conquérir ».

Han Meyer, professeur, chercheur, Delft(NL) membre du Comité scientifique d’Europan.
Qu’est-ce qui est de l’ordre de l’urbain et qu’est-ce qui est de l’ordre de la nature et quel type de relation entretiennent-ils?
Si nous observons ce rapport dans différents pays, on constate des approches et des perceptions complètement différentes. Il est intéressant de comprendre ce que signifient ces différences dans le contexte de la mondialisation. La question qu’on pourrait se poser est comment éviter une uniformisation de l’architecture et de la nature, comment éviter que tout devienne identique dans les années futures.

Roger Riewe, architecte, Graz (A) membre du Comité scientifique d’Europan :
L’idée de la nature effectivement n’est pas la même suivant les régions, donc il est important de traiter les aspects spécifiques et la manière dont elle est perçue. La vie urbaine dans la nature n’est pas seulement une question philosophique ; et si nous regardons l’histoire du dix-neuvième siècle, on trouve différentes manières de penser l’intégration de la nature et de la ville. On associe la nature urbaine avec l’idée d’harmonie qui a soustendu beaucoup de doctrines qui ont défendu les parcs urbains ou les cités-jardins ou encore les villes vertes. Ce qui leur est commun c’est l’idée de se débarrasser de tout ce qui était laid, dans la ville industrielle, la pollution ou la trop grande densité, de résoudre une situation malsaine et créer des environnements d’harmonie sociale. Cette question de savoir comment la nature peut contribuer à rendre la ville harmonieuse est-elle toujours d’actualité ? Notre débat devra aussi s’intéresser à la manière de transférer ces idées sur la relation nature-ville dans les projets urbains.
  IJBURG AMSTERDAM, DES ILES ARTIFICIELLES POUR UN NOUVEAU QUARTIER RESIDENTIEL URBAIN
 






































Ton Schaap (Nl), urbaniste de la Ville d’Amsterdam
IJburg se situe aux abords d’Amsterdam, sur un lac. Le site fait partie d’un développement très important sur le delta relié aux grands ports qui se sont installés vers l’ouest. Mais pourquoi la
ville intensifie-t-elle ces activités de ce côté alors que le souhait était de garder un
environnement et des surfaces vertes à la sortie de la ville ? Il serait facile de céder à la
pression écologique aujourd’hui car il suffit de prendre son vélo et en 15 minutes, vous vous
retrouvez à IJburg en pleine nature.
Jusqu’il y a deux siècles, le tissu urbain et l’espace public coïncidaient, l’infrastructure des
canaux à été utilisée pour les transports des marchandises, mais les gens pouvaient
également s’y promener. Ceci a commencé à changer avec la révolution industrielle avec un
dock qui a été construit en 1860 combiné avec la gare centrale, impliquant une combinaison
de transports, de mouvement. Mais personne ne vivait-là, c’était très dangereux, surtout la
nuit, ce qui a entraîné, sur cet espace, une ségrégation des fonctions. Maintenant qu’il n’y a
plus d’activités portuaires et de transports lourds, nous pouvons le réaffecter à d’autres
fonctions.
Les terres de ce nouvel archipel urbain représentent maintenant une surface très étendue et
on va y construire 6000 logements, et comme la municipalité a retenu l’idée d’une certaine
mixité, à l’habitat vont âtre ajoutés des équipements, des infrastructures et des magasins.
Nous trouvons donc à proximité d’une ligne chemin de fer et le grand réseau autoroutier a été
relié au système de rues et de ruelles nouvelles, aux zones de stationnement, aux zones
piétonnes. Bref l’accessibilité sur le site est très bonne. Ce qui est intéressant dans ce projet,
c’est son contexte, celui de la confrontation entre les infrastructures lourdes, les entrepôts, les
entreprises et la nature préservée telle qu’elle était il y a cinquante ans
Mais interrogeons nous sur ce que signifie la nature aux Pays-Bas ? Ce sont les espaces de
pâturages bordés d’eau pour les vaches et les moutons surtout. C’est typique et pourtant tous
ces espaces naturels ont été créés artificiellement à travers le réseau des digues avec une
limite stricte entre la ville et la campagne. Et comme faire de la bicyclette est une activité très
importante pour les hollandais, les digues bordées de pompes à eau sont très attractives pour
les cyclistes.
En réalité l’île d’IJburg a été divisée en deux îles résidentielles, chacune avec sa propre
texture, et son propre tissu urbain.
Une trosième île a été spécialement dédiée aux oiseaux, une manière de calmer beaucoup de
protestations environnementales contre le projet. Cette île en plus a été le résultat de
négociations avec les habitants d’Amsterdam et finalement d’un référendum. Des mesures ont
été prises pour permettre à la vie naturelle de se poursuivre comme par le passé avant la
construction de cet archipel artificiel. Sur les îles urbanisées la hauteur maximale autorisée
des bâtiments est de huit étages, mais il y a aussi des maisons individuelles plus petites de
l’autre côté. Aujourd’hui tout ceci ne ressemble plus à une île mais à une nouvelle grille
urbaine. Et le plus grand espace public d’IJburg, est une plage, c’est une idée géniale, un
espace devenu très populaire, très attractif, très en vogue en été.
Pour réussir ce projet on a d’abord pensé une bonne accessibilité et une bonne délimitation
entre ce qui est privé et public. Sur l’île voisine appelée Java, on compte d’un côté des
maisons individuelles avec des jardins vers l’eau, et de l’autre, ce qui est public avec les
voitures, l’accès aux cyclistes et aux piétons. Cette extension urbaine offre beaucoup de
possibilité pour inventer de nouvelles typologies de blocs ou d’immeubles. Nous l’avons
reprise sur les deux îles bâties.
A Havane Island, on s’est inspiré des parcs urbains créés au XVIIème siècle par un ingénieur
de génie civil pour un marchand riche d’Amsterdam aux débuts du capitaliste : des maisons,
des allées et de très belles fermes.
Nous nous sommes dit « nous allons dessiner une grille avec plusieurs ilôts, avec au milieu
une rue pour le transport public et une vue sur l’eau pour tous. Manhattan était une autre
source d’inspiration, car le pari du projet, c’est de faire construire l’ensemble par des
entreprises privées. Le sol est occupé avec efficacité et la municipalité ne prend en charge
que la voirie et les services communs.
Les types de voiries varient selon les îles. Le tramway au milieu les relient, des ponts ont été
conçus suffisamment hauts pour que les bateaux puissent passer, les rues sur l’île font de 20
à 30 mètres de large et sont complétées par un réseau de mobilité douce, des sentiers
piétons, des espaces publics, des allées. Le quai public qui borde un côté des îles s’oppose de
l’autre côté aux maisons dont les jardins donnent sur l’eau.
Quatre parcs sont prévus, une manière d’introduire la nature plutôt domestiquée et cultivée
avec des aires de jeux pour les enfants. Même si la densité est relativement élevée, 70
maisons par hectare, chacun peut disposer d’un jardin, soit sous forme de jardins privés
attenant aux logements soit sous forme de surfaces vertes communes avec suffisamment
d’espace de parkings pour les vélos.
Les premiers immeubles sont en voie d’achèvement et donnent sur une rue d’une largeur de
20 mètres. La réglementation repose sur un principe simple : un extérieur formel, un intérieur
informel. Il a a quand même quelques déceptions en termes de programme, la
deterioration économique du marché du bâtiment à conduit à certaines erreurs, qui je l’espère,
seront évitées par la suite.
Au pied des maisons individuelles, on trouve des pontons qui permettent de rejoindre l’eau qui
est très propre à cet endroit, on peut s’y baigner ou bien y accrocher son bateau.
La diversité architecturale étant recherchée, il y a eu aussi une volonté de faire travailler
ensemble des architectes sur le projet d’un même îlot. Mais la répartition ne se fait pas
verticalement mais horizontalement, l’un s’occupe du rez-de-chaussée, un autre des premiers
étages, un autre des derniers et le quatrième est chargé de disposer des maisons sur le toit.
L’ensemble représente un grand investissement pour un programme multifonctionnel. Pour
l’espace public, on essaie de définir aussi bien que possible la place des arbres, les parkings,
les zones piétonnes, les grands parcs paysagers ou l’on trouvera des cafés où les pères
pourront regarder leurs enfants jouer dans le sable. Le grand parc sera constitué autour
d’éléments naturels comme le sable, l’herbe, le granit et les arbres plantés.
 
  Débat avec les représentants des sites Europan 8
  Han Meyer : Les Pays-Bas sont un pays intéressant quand on parle de nature. S’agit-il d’une nature naturelle ou d’une nature artificielle ? Difficile de trancher ! Cependant il est surprenant que pour ne pas construire dans la nature, dans les zones vertes autour d’Amsterdam, on construise près de l’eau car l’eau fait partie de la nature et elle est même plus naturelle que les zones vertes. Dans quelle mesure la nature ne joue-t-elle pas un rôle surtout au niveau de l’image, de la communication du projet? Quand on met en œuvre et réalise un projet de cette envergure, quel poids le concept de nature a-t-il eu dans les débats qui ont précédé la mise en œuvre ?
  Ton Schaap : La première décision de bâtir Ijburg à été prise par les responsables politiques de la ville. L’eau fait partie évidemment de la nature mais elle est, à cet endroit peu profonde. L’une des raisons aussi, c’est que l’eau appartient à la ville contrairement aux terres agricoles qui ne sont pas sa propriété. Nous avons offert également dans ce projet plusieurs mesures de compensations comme les îles exclusivement réservées aux oiseaux, ou les parcs… Ceci a joué un rôle important dans les négociations avec les responsables de la préservation de l’environnement. Dans un premier temps, ces organisations étaient contre le projet urbain, mais ensuite, il y a eu un référendum au résultat favorable. Et puis ce projet permet également de rédynamiser les rives, phénomène urbain commun à beaucoup de villes en Europe depuis une dizaine d’années comme Barcelone, Gênes, Berlin, Hambourg où on réactive les rives des fleuves au sein des villes.
  Dieter Polkowski, Chargé de l'aménagement urbain, à Hambourg : La situation à Hambourg est assez différente parce que nous avons à intégrer les flux. Entre marées hautes et basses, la différence peut atteindre sept mètres. Cela oblige à avoir une approche différente envers l’eau et envers la nature.
  LA NATURE RESISTE-T-ELLE A L’URBAIN ? TROMSO, projet Europan 7
 






Knut Erik Dahl, président de Europan Norvège et urbaniste de la ville de TromsØ :
L’université de TromsØ a lancé un programme d’étude sur le futur de la région qui est située au nord de la Norvège. J’ai eu beaucoup de mal à croire ce que dit la conclusion de cette étude : lorsque mes enfants seront aussi vieux que moi aujourd’hui, ils pourront ramer jusqu’au Japon, en raison de la fonte des glaces qui est annoncée.
Cela opérera un changement radical dans ces régions du Nord qui sont un point géopolitique important de la Planète. Aujourd’hui on assite à la réouverture de la frontière russe et des échanges, alors qu’avant c’était le centre géopolitique de la Guerre Froide. Maintenant c’est un endroit stratégique parce qu’un quart des ressources de pétrole et de gaz se trouve ici. Cette région compte également beaucoup de forêts, de minerais. Tout le monde est conscient que des changements dramatiques peuvent survenir ici. Il y a beaucoup d’incertitude dans la région tout entière et il y a aussi la probabilité d’une instabilité. Le risque est important de dépôt de déchets atomiques, partant de Saint-Pétersbourg et transportés jusque là par la Mer Baltique.
La Norvège a investi 16 millions de Couronnes dans le Terminal de la Mer du Nord. Nous avons aussi un pôle académique et scientifique. Mais je me demande où sont les chercheurs qui s’intéressent vraiment à la transformation de cette région ?


A Tromso, vous êtes dans la vraie nature, celle offerte par Dieu, la nature originale. C’est cette nature authentique que je défends. J’ai une position morale là-dessus. Hier On m'a demandé « comment vous pouvez vivre là-haut » ? Là où il fait toujours noir au milieu de la journée. Il est vrai que ceci a des effets très étranges sur la personnalité et sur l’identité. La ville de TromsØ, selon certains n’est pas une ville mais une « notion ».
Lorsque l’on parle de l’avenir, il y a des déclarations qui ont plus longue vie que d’autres. Tromso est une ville verte, en fait une île verte, avec une Université mais depuis quelques années la ville a été entreprise par les maîtres d’ouvrage. Les gens vivaient dans de petites maisons et puis l’île est devenue un lieu d’expérimentations architecturales. Avant il n’y avait rien sur cette île, c’était la nature. Tout projet architectural doit assumer une position dans quelle mesure va-t-on introduire la nature artificielle dans le projet et dans quelle mesure va-t-on transformer la nature originelle et authentique. Plusieurs concours internationaux ont été organisés à TromsØ. L’un a été gagné par l’agence Space Group autour de cette question « comment traiter l’eau dans son rapport avec la nature ? ». Le site d’Europan 7 situé sur le continent en face de l’île centre renvoit également à cette question du rapport eau et espaces urbains nouveaux, mais plus globalement à la question : comment peuvent cohabiter quartiers résidentiels plus urbains et nature forte avec sa beauté mais aussi sa rudesse, le froid, la neige, la lumière diurne assez rare.

 














David Franco, architecte Madrid (E) architecte lauréat à Tromso :
Notre projet lauréat au concours avait une approche à la fois poétique et scientifique. Et concernant le contexte, il y avait évidemment beaucoup de choses que nous ne connaissions pas et qui nous ont échappé. Pour nous le projet d’idées a consisté essentiellement à répondre à la question : est-il possible de faire un projet d’habitat qui tienne vraiment compte de la lumière arctique. Nous avons essayé d’orienter nos tours, pour jouer avec la lumière que nous avons utilisé comme un moyen de médiation.
Après le concours, nous nous sommes rendus à TromsØ où nous avons rencontré le maître d’ouvrage qui était un propriétaire privé unique ce qui était un élément très favorable.
Nous sommes entrés dans un processus opérationnel, et une étude de faisabilité nous a été confiée. Le maître d’ouvrage a exigé que les typologies soient mixtes. Mais compte-tenu de la conjoncture du marché immobilier, il y a eu une période où la pression de construrie sur le site est devenue beaucoup moins grande. Et plutôt que de réajuster le processus prévu dans l’étude, nous l’avons abandonné et nous avons recommencé le projet. Nous avons donc franchi trois étapes, le projet de concours, l’étude dans la continuité et le projet repensé pour cause de conjoncture . Nous sommes très satisfaits de cette situation qui nous a obligé à remettre en question notre démarche, même si beaucoup d’idées de départ sont maintenus aujourd’hui. Ce nouveau projet ne me plait pas autant architecturalement, plastiquement que celui du concours, mais le processus que nous avons traversé professionnellement depuis le concours est très enrichissant. Cela tient pour une bonne part au fait que les maîtres d’ouvrage nous ont donné presque carte blanche, bien que ce soit assez risqué pour eux. Ils ont juste suggéré le type d’habitat et les densités qu’il fallait viser.
Après avoir développé un plan linéaire, nous l’avons ensuite divisé selon les typologies mixtes entre édifices élevés et d’autres plus bas dans un rapport à la nature. Quand nous avons découvert le site, ce qui nous avons compris, c’est l’importance de la flore, de la végétation et nous avons à côté du site quelque chose de rare, une forêt que nous avons prise comme point de départ en essayant de l’étendre, dans une séquence d’espaces naturels et artificiels communaux.


Nous avons dessiné des bandes vertes prenant la forme d’un L et nous avons créé trois types de bâtiments différents. Cela nous a conduit ensuite a proposer un projet très varié en jouant avec des variations autour d’un type d’édifice tenant compte d’une bio corrélation, intégrant les zones naturelles environnantes. Nous avons pris en compte dans la conception urbaine et architecturale les traits naturels du site en les respectant, voir en les valorisant.


En plus du projet proprement dit de quartier résidentiel relié à la nature, on nous a demandé une autre étude urbaine au nord du site dans la relation aux réseaux et à l’accessibilité. La solution que nous avons proposée au maître d’ouvrage principal, une société commerciale de transport de TromsØ et à toutes les autorités locales, consiste à comprendre la nature et à travailler le projet en parallèle et dans une progressivité. Par exemple nous avons conçu un nouveau parc de stationnement qui va changer toute la structure du terrain, ensuite la route a été repensée comme artère principale de communication reliée à un pont. Ces espaces se mettent en place dans un rapport de découverte progressive de la nature. Nous avons dessiné une passerelle recouverte d’un toit qui franchit la route pour aller vers la forêt de l’autre côté, créant une sorte de corridor ; puis nous avons projeté six immeubles reliés à deux autres passerelles vertes qui traversent également la route.
Pour réintroduire de la nature dans notre projet, nous partons de ce que l’on trouve ici sur place en Norvège. Par exemple on voudrait se servir pour dessiner le paysage de ces plantes étranges qui ne sont ni des algues ni des mousses, mais des lichens.

  Débat avec les représentants des sites Europan 8
 


Han Meyer : Ce qui est frappant dans cette démarche, c’est de voir comment on peut changer sa façon de voir une fois qu’on intégre la complexité de la réalité et de la spécificité du contexte. La différence à Tromso comparée avec le cas de Ijburg c’est qu’il ne s’agit pas de créer une nature nouvelle mais le projet architectural doit s’intègrer dans la nature existante.

Carlos Fernandes, ingénieur, directeur de la planification urbaine de Sintra (P) : Tout ceci me rappelle un vers d’un grand poète portugais « Si un jour, vous trouviez les limites de l’infini, si l’infini a des limites, alors repoussez les avec vos bras ! ».

José Maria Cardenas Arnedo, directeur général de l'habitat de la région Cantabrique en Espagne : Il me semble que nous n’étudions pas suffisamment s’il est possible de vivre dans la nature en respectant l’existant. Et c’est le grand défi qui se pose en Cantabrique. Nous voulons voir une typologie de bâti qui peut être réalisée là sans intervenir sur la nature, il s’agit d’un exercice que connaissent bien les ingénieurs et qu’ils savent résoudre. Il s’agit de sortir de cette lutte des êtres humains contre la nature, et de savoir si l’homme aujourd’hui est capable de vivre dans la nature. Au nord de l’Espagne nous avons une grande nature sauvage où l’on se demande s’il faut interdire toute transformation de la côte, du littoral. Mais évidemment beaucoup de villes n’existeraient pas si on interdisait toute construction sur le littoral. Pour moi c’est ce qui se situe au cœur de la discussion : entre transformer la nature et y vivre sans la détruire comme à Tromso ou construire une nature artificielle dans les zones qui font l’objet de nouveaux ouvrages comme à Amsterdam. Coloniser la nature sans la changer, en respectant les environnements et les conditions climatiques spécifiques, est-ce possible ?


Ola B. Siverts, urbaniste et anthropologue social à Bergen Norvège : En Norvège, il faut savoir que la nature fait toujours partie intégrante des projets même dans les centres-villes. Je suis anthropologue urbain et je préside un bureau d’architecture et d’urbanisme. Vous pensez sans doute que les norvégiens sont un peu exotiques. La ville de Bergen qui compte 35 000 habitants, et qui partcipe à Europan 8, a proposé un site plutôt à l’extérieur de la ville. Comme membre de l’association des habitant de cette commune, j’ai discuté avec des habitants du quartier où est situé le site. L’un d’eux est un géologue, donc son activité prend place dans la nature, et quand il va se promener en centre ville, ce qui le frappe c’est pas la densité très prononcée, mais l’intervention d’éléments naturels en site urbain, les pavés viennent du Portugal, le granit de Chine, les pierres de l’Eglise sont originaires du Nord de la Norvège alors que le marbre lui vient d’Italie. La nature a pénétré la ville.
Il y a là également un botaniste qui a observé la ville de son point de vue : il y a trouvé toutes sortes de plantes, dans les parcs, treize essences différentes d’arbres originaires de Norvège. Il a organisé une visite de ce quartier pour les élèves des écoles pour découvrir ces arbres tout en présentant l’histoire naturelle de la Norvège. Enfin un zoologue, toujours habitant de ce quartier, lui a compté les différentes espèces d’oiseaux, de rats et autres animaux présents en ville. Ce sont différents spectres de la vie naturelle et sauvage présente au centre-ville.
Donc en Norvège dans toutes les villes on reste près de la nature. En 10 -15 minutes à pied ou en autobus, vous êtes en pleine nature. Il est dans notre culture d’aller dans la nature pour purifier nos âmes pour ainsi dire. Il est important pour tous les architectes qui souhaitent gagner le concours en Norvège de comprendre la conception de la nature dans ce pays. Comment la nature est impliquée dans la vie d’un Norvégien. Elle fait partie de notre identité.

Roger Riewe : La nature comme une construction est un thème important parce que la nature n’est que la représentation que l’on s’en fait. L’idée même de l’authenticité de la nature est une notion construite de la nature. Il faut sortir de l’idée que la nature est colonisable par l’homme et se rapprocher d’une vision trans historique car nous avons toujours travaillé avec la nature. Au XIXe siècle nait la notion de paysage et c’est concrètement à ce moment là qu’on se met à construire des paysages. À l’extérieur de Graz par exemple un site a été complètement transformé il y a deux cents ans parce que l’Archiduc voulait qu’il ressemble à la Toscane. Or aujourd’hui tout le monde pense que ce paysage ressemble naturellement à la Toscane

Adriaan van der Linden, chargé de projet urbain à Dordrecht aux Pays-Bas : Nous avons cinq rivières qui traversent la ville de Dordracht et nous avons des concepts différents en ce qui concerne l’intégration de la nature dans le tissu urbain. Nous l’appelons cela système territorial et stabilité écologique. Le réseau actuel couvre non seulement le paysage qui entoure la ville mais celui qui traverse la ville. Les vallées des rivières sont inconstructibles. Des zones vertes traversent la ville, l’une est située sur la rive d’une rivière. Nous dessinons un projet urbain particulier en créant des espaces naturels entre des zones urbaines fortes et la rivière.
A Dordrecht, comme à Hambourg, nous devons intégrer dans l’urbanisme le phénomène des marées car les problèmes de crues réapparaissent régulièrement. C’est pourquoi la ville est construite en grande majorité au-dessus du niveau de l’eau. Les crues et les marées rythment la vie de la ville, surtout de la vieille ville, qui est le delta le plus bas en Hollande et aussi la partie la plus fragile en ce qui concerne la lutte contre les crues. Nous avons appris que nous ne pouvons pas contrôler l’eau, qu’il faut la laisser couler à son rythme et vivre avec. Un des défis est de trouver une forme architecturale qui pourra faire face aux crues. Il y a 400 ans, on a construit des maisons dans lesquelles les planchers étaient faits de pierre que les gens lavaient après les crues et ils transportaient leurs meubles au premier étage. Aujourd’hui les meubles sont trop lourds pour pouvoir être montés au 1er étage, ce qui est une erreur. On pense qu’on peut ignorer la nature, mais c’est aussi dangereux de l’ignorer que d’essayer de la controler. Au pied d’un grand polder, il y avait un site où nous avions prévu une zone industrielle. Nous avons commencé sa construction 20 ans après sa conception, et c’est à ce moment-là que nous avons découvert que c’était une zone naturelle et inondable. Au lieu de construire de grandes digues, il faut plutôt prendre en compte les crues comme un élément à intégrer dans la vie urbaine.


Dieter Polkowski, chargé de l'aménagement à Hambourg en Allemagne : À Hambourg une solution très intéressante a été adopté pour les crues qui peut appraître un peu contradictoire. Pour nous ce serait une catastrophe de laisser les masses d’eau inonder le port. Le site à Hambourg n’est pas situé dans la nature mais dans une zone industrielle. où la nature a été beaucoup exploitée. Quand on parle du développement, on parle toujours comment créer des espaces attrayants où les gens aiment vivre, où la qualité de l’eau est évidente et donc contribue à l’attractivité de ces espaces. Mais nous avons pris le parti de surélever les espaces bâtis près de l'eau pour se protéger contre les inondations. Les défenseurs de l ‘environnement réclament de retrouver les conditions topographiques naturelles et de vivre en conformité avec la nature. Mais malheureusement pour vivre proche de la nature à Hambourg il ne suffit pas de planter des arbres au bord de l’eau, il faut aussi construire des plateformes surélevées pour se protéger.

Ton Shaap : La proximité de l’eau et donc de la nature est une qualité spécifique qui attire les gens surtout pour l’espace résidentiel. Je pense que la combinaison, vélo + bateau a un grand avenir dans la mobilité urbaine dans les dix ans à venir. A Ijburg il est prévu que les habitants puisent circuler en bateau pour rejoindre le centre ville qui est assez proche. C’est une situation très attractive. Je ne dirais pas qu’il s’agit d’urbanité forte mais d’une ville calme car résidentielle où pour ce qui est des activités de récréation, on se rend facilement et rapidement dans la grande ville.
 
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