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Thème : Multifonctionnalité
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  Préambule: trois thématiques transversales
Europan souhaite favoriser l’expression d’une forme d’innovation architecturale et urbaine. Mais en même temps Europan oeuvre pour que les idées primées au concours puissent évoluer vers des réalisations. Afin de favoriser la prise en compte de ce processus complexe par les représentants des sites proposés à la huitième session, Europan a organisé en novembre 2004 à Ljubljana (Slovénie) un forum avec toutes les villes et les aménageurs participant à la huitième session. L’objectif était d’engager un débat avec eux pour explorer précisément suivant quelles logiques pouvait se nouer cet entrelacement de représentations multiples, suivant quels systèmes d’échanges et de regards croisés sur la mutation d’un site s’effectue l’évolution des idées vers des projets concrets.


Ce débat s’est centré sur les thèmes majeurs auxquels les acteurs vont être confrontés dans le développement des processus de réalisation pris dans des situations urbaines diverses. Ils doivent s’attendre à avoir des réponses innovantes, quelques fois surprenantes en termes de projets, qu’il leur faudra gérer. Ces thèmes en fait peuvent être considérés comme ceux qui traversent toutes les sessions d’Europan : les enjeux programmatiques, les questions d’échelles et le rapport entre ville et nature.

Ces mêmes thèmes sont ceux qui interpellent les concurrents, c’est pourquoi la synthèse des trois débats du Forum des sites est une entrée en matière pour réfléchir plus largement sur le cadre programmatique transversal de la session.

  PROGRAMMES URBAINS COMPLEXES

Didier Rebois, secrétaire général d’Europan

Comment gérer en termes de processus de projet, le mélange de fonctions à l’échelle urbaine - que ce soit celle d’un nouveau quartier avec de l’habitat, des équipements et des services ou celle permettant la revitalisation d’une aire plus ancienne, dont une partie des usages est tombée en désuétude. La complexité demandée dans beaucoup de programmes accompagnant les sites d’Europan s’est renforcée au fil des concours. Mais, appliquée à des contextes suburbains au développement lent, la mixité programmatique prend souvent la forme d’un souhait qui peut se révéler surévalué dans la phase opérationnelle. Comment donc prendre en compte dans les projets, l’instabilité programmatique des contextes ?


Certains projets réalisés d’Europan se sont déjà confrontés à cette question soit en enrichissant les programmes d’habitat par des fonctions complémentaires, soit en concevant des bâtiments qui permettent d’imbriquer des usages divers, soit encore en structurant le site de manière à y permettre l’implantation progressive de programmes variés.


Le débat, animé par Hugo Hinsley, architecte enseignant à l’AA School, membre du Conseil Scientifique d’EUROPAN, s’est focalisé autour de deux projets urbains illustrant des attitudes différentes, le projet processus de Bernard Reichen, architecte urbaniste parisien, dans le quartier de l’Union à Lille en France et le projet de l’équipe lauréate d’Europan 6 à Tolède, Arroyo Zapatero et Perez Romero, proposant une approche plus architecturale pour gérer la mixité des fonctions.

  Hugo Hinsley, architecte, membre du Conseil Scientifique d’Europan :
La mixité multifonctionnelle est un sujet d’une très grande actualité que l’on associe très souvent au thème du développement durable.
Trois niveaux de réflexion sont à gérer lorsque l’on parle de la dimension urbaine de la mixité. Tout d’abord il faut comprendre qu’un projet peut opérer à des échelles différentes, à tous les niveaux du territoire et il est très important d’articuler ces différentes échelles car les solutions partielles ne fonctionnent pas. Ensuite il faut se poser la question de la forme de l’espace et de ses modes de fabrication. Quelles sont les possibilités de faire de nouvelles structures urbaines - incluant infrastructures aussi bien que morphologies - sans altérer celles existantes ? Enfin il faut s’interroger, non sur la densité, mais sur l’intensité urbaine que l’on veut atteindre.
La mixité fonctionnelle, la notion de mélange, a aujourd’hui une connotation positive, mais à quelle échelle est-elle pertinente ? Chaque bâtiment doit-il contenir trente activités ou fonctions différentes ? Ou une seule activité mais à une échelle plus grande ?

A ces trois niveaux se pose la question des outils pour fabriquer cette multifonctionnalité. Car on ne peut plus s’appuyer seulement que sur les réglementations, il faut imaginer des processus urbains adaptés plus souples. Comment, enfin, intégrer la durabilité, non pas simplement en produisant des bâtiments plus performants au niveau technique et environnemental, mais aussi en prenant en compte les aspects sociaux et politiques du changement urbain.

  2- LIGNES DE FORCE ET PROCEDURE : LE PROJET URBAIN DE L’UNION A LILLE
par Bernard Reichen, agence Reichen et Robert et Associés, Paris (F)

 


























Bernard Reichen : Le quartier de l’Union est l’une des principales articulations de la Métropole
Lilloise autour de la « route de laine » qui relie Lille et la Belgique. Une mutation très difficile a
commencé il y a une trentaine d’année, liée à la délocalisation de l’industrie textile. Les
usines « châteaux-forts » de l’agglomération ont été progressivement abandonnées, laissant de
larges territoires qui sont maintenant réutilisés. Le centre d’intérêt principal s’est déplacé
vers un centre de l’agglomération Lille Roubaix –Tourcoing, autour des lieux d’échanges,
comme celui des quartiers d’Euralille avec la gare TGV, et de nouveaux pôles d’excellence qui
concernent aussi bien la santé que les nouvelles technologies de l’informatique. Dans le quartier
de l’Union, les pôles d’excellence se constituent autour des technologies de l’image, avec
l’Ecole du Fresnoy, de renommée européenne, et autour du textile, avec la création d’un
centre de recherche international sur les textiles non tissés.
La dynamique du mouvement apparaît sur le site lors du passage de la vapeur à l’électricité
avec le développement de l’usine horizontale et son système de sheds. Ces usines sont en fait
des féodalités autour desquelles viennent se greffer les systèmes d’habitat, des écoles, si bien
que chacune de ces usines génère une petite ville. Elles constituent des plaques urbaines de
taille importante, accompagnées de logements qui sont venus s’appuyer sur l’usine.
Le premier élément à reprendre de cet héritage urbain, ce sont les systèmes des flux : les
logiques de canaux et du développement autour de l’eau, les logiques des lignes ferroviaires
dont une voie principale traverse le site.
Mais la population, qui a perdu ses emplois avec les délocalisations, a perdu aussi sa raison
de vivre autour de l’usine textile. Les bâtiments ont donc été fermés les uns après les autres.
Le paradoxe du projet urbain est d’introduire un renversement d’image des usines pour les
réinvestir comme nouveaux pôles à l’échelle de l’agglomération. Malgré leur déshérence, elles
jouissent d’un effet de localisation très important, au croisement de la Route de la Laine, lien
entre la Belgique et le centre de la ville.
Le modèle d’action que nous avons proposé est volontairement typo-morphologique ; Il
reprend et continue le système de l’usine. Cela permet de constituer un bâti pour un système
d’activités et de logements à des prix extrêmement bas. On n’a pas sur l’ensemble de ce
territoire les moyens de projets architecturaux emblématiques. D’où notre idée de continuer
les systèmes de l’usine sur des valeurs à faible prix et de compléter ces valeurs par des
valeurs emblématiques, autour du pôle d’excellence, par la constitution d’un grand parc de 15
hectares, traversé par le canal. Nouvelle représentation du quartier, le parc va être le lieu où
seront mis en situation des objets architecturaux relativement autonomes par rapport au plan
urbain.
Le bâti ordinaire est conçu sur la base de trames urbaines classiques, alors que le bâti, aux
abords du parc, sera composé comme une série d’anamorphoses, des objets mis en relation
les uns avec les autres pour constituer un nouveau paysage urbain.
L’évolution programmatique du quartier consiste à passer d’un système de féodalité
unifonctionnel - l’usine avec le logement qui venait s’accrocher en grappe - à un système
multifonctionnel. Pour cela on réserve un certain nombre de fonctions emblématiques - le pôle
de l’image, le pôle de la recherche textile, le Grand Palais Omnisports d’agglomération – et on
équilibre selon une logique multifonctionnelle, à partir de dominantes territoriales. En liaison
avec le chemin de fer, la dominante sera l’activité et en relation au parc, la dominante sera
résidentielle. Enfin des accroches avec les autres quartiers mixant aussi les fonctions seront
créées.
En même temps que le projet, on a élaboré un ensemble de procédures qui permettent de
réaliser ce plan. Les dominantes fonctionnelles sont croisées avec leur mode de mise en
oeuvre et l’on a évité d’avoir une procédure de fabrication unique pour préférer des
procédures de production extrêmement diversifiées. Sur le bâti historique, on fait appel à des
procédures de patrimoine, de mise en valeur et de programmation adaptée. Sur la couture
urbaine, il s’agira de procédures spécifiques, un travail homéopathique autour des anciens
centres de vie publique. Pour le reste, des procédures des productions typo-morphologiques
seront mises à l’oeuvre.
Projet contextualisé et procédures diversifiées donnent naissance à un schéma de référence
extrêmement dessiné et à un territoire complexe correspondent des procédures complexes.
La multifonction induit donc la nécessité de produire un dessin mais le projet sera-t-il réalisé
de cette façon ? A l’intérieur de chacun des territoires se trouve la souplesse d’organisation et
la possibilité de transgression de l’urbanisme par l’architecture.
Quand on travaille sur Euralille ou une gare de TGV ou d’autres sites emblématiques, on a une
capacité de production qui est sans commune mesure avec la capacité de production que l’on
a sur un quartier comme celui de l’Union. Il n’empêche que l’on peut, à cet endroit, penser la
notion de pôle d’excellence mais la penser avec des moyens mesurés, limités et avec le souci
de répartir les efforts publics et les efforts privés pour le succès du quartier lui-même.
 
  Débat avec les représentants des villes d'EUROPAN 8

Gerd Rheinhardt, Maire de Leinefelde, Allemagne : Il est important, si l’on souhaite transformer un site urbain, de tenir compte évidemment des échanges d’idées et puis les impulsions fondamentales doivent venir de la ville. Évidemment nous devons avoir des visions et ensuite travailler, autour de ces visions, ensemble avec nos partenaires, puis avec la population, c’est certainement l’exigence préalable, pour pouvoir mener à bien un projet urbain.

Guenther Berger, directeur de l’urbanisme de la ville de Schwechat, Autriche : Les propriétaires du terrain, par leurs exigences en tant qu’acteurs économiques, jouent un rôle important, mais à tel point qu’ ils peuvent compromettre la réalisation d’un grand projet par opportunisme. Il est donc essentiel qu’il y ait une liaison entre l’idée du politique et la stratégie de l’architecte. Ce lien, s’il est très fort, peut empêcher une telle exploitation. Les effets bénéfiques et les avantages doivent être bien présentés. Le projet de Lille n’est pas qu’un plan figé, c’est avant tout une stratégie avec des strates programmatiques très riches. Y a t’il une mise en séquence logique ? Peut-on établir la priorité en fonction du dialogue et des forces politiques ? Dans cette manière de procéder par réflexion, il y a beaucoup de possibilités, d’options possibles, mais tout le monde doit soutenir le grand plan général. Les idées sont là mais la mise en œuvre réelle résultera du dialogue ultérieur. Et c’est ça qui est très important. Si un architecte présente son plan en disant «voilà les solutions définitives… », çela ne marche pas. Le dialogue doit se poursuivre tout le long du processus.

Bernard Reichen : Ce que l’on a cherché dans la notion de « projet ouvert », c’est que le projet évolutif, flexible soit basé sur un certain nombre d’invariants très limités mais très fermement définis. Donc pour nous le parc, les système d’accueil et les points d’architecture sont extrêmement définis dans leur rôle et dans leur position, non pas dans leur forme. Ce qui est important pour nous c’est d’avoir des points fixes, autour desquels on va pouvoir à la fois tenir le projet et le laisser évoluer dans le temps. Ces points fixes, il faut qu’ils soient acceptés de façon très évidente, par le pouvoir politique, pour que le projet fonctionne bien.

Hugo Hinsley : l’une des valeurs de la réflexion sur le dessin est d’établir quelques principes, quelques idées principales sans trop de spécificités au début. Il faut pas trop insister sur les coûts, sur les problèmes fonciers des sites, mais d’abord entamer un vrai débat sur le potentiel, sur ce qu’on peut développer. Ensuite on peut ajouter d’autres éléments. Beaucoup d’architectes disent « nous devons savoir tout dès le début » mais ceci peut bloquer les possibilités d’un processus vraiment créateur. En ce qui concerne Europan, c’est un concours d’idées. Il ne s’agit pas de fournir des solutions définitives pour le site. La ville peut utiliser cela comme base de réflexion, ensuite développer des projets opérationnels autour des idées fortes.

Kevin Mc Geough, directeur des politiques nationales d'aménagement, urbanisme, et conception : Un des problèmes, c’est comment présenter la vision. Il s’agit d’une vision à long terme, dans des systèmes de planification qui ont tendance à morceler, fragmenter les opérations, donc comment pouvez-vous vous assurer de la mise en œuvre de votre projet par le système de planification dans le cadre d’une stratégie à long terme ?

Bernard Reichen : La question centrale est la communication. A Lille c’était de relier ce projet à l’année de la culture européenne, donc à des manifestations, des expositions, des présentations de projets… et je crois aussi que sur ce genre de site les temporalités de la ville c’est à la fois l’urgence et le long terme. Nous sommes sortis du plan quinquennal qui était le système urbain historique. Ça veut dire que toutes les actions répondant à l’urgence doivent être considérées comme des prototypes des développements futurs. C’est ce qu’on essaie de mettre en place avec des opérateurs particuliers, privés pour la plupart, pour que chaque action ponctuelle qui va être réalisée maintenant soit un peu le prototype de ce qui va se passer par la suite. C’est une sorte d’illustration permanente de l’évolution et de la nature du projet dans toutes ses composantes sociales, économiques, paysagères etc… Donc on essaie de bâtir cette idée du prototype pour que la population ait en permanence un lieu d’information où elle peut comprendre l’objectif global au travers des réalisations faites dans l’urgence.

Hugo Hinsley : C’est une question importante concernant la réalisation de toutes ces idées. Dans chaque pays les dynamiques seront différentes mais le problème est toujours le même. Il y a toujours une tendance dominante de trouver un cadre temporel linéaire, des échéances définies pour des méthodes précises pour la réalisation du projet. Dans le cadre du projet de l’Union, c’est différent. Quelque chose est bien défini, une stratégie est fixée dans le temps et en même temps le projet devient objet de débat dynamique : qu’est-ce qu’on va faire d’abord ? comment cette action fonctionnerait comme illustration de la suite? Dans le même temps on favorise le dialogue entre la maîtrise d’ouvrage et d’autres acteurs. Cette approche permettra de modifier la structure dans le temps. Donc il s’agit d’une richesse d’idée et d’une grande flexibilité, les deux sont importants mais il faut que cela rentre dans une logique de processus urbain bien défini.
 


B- ARCHITECTURES MULTIFONCTIONNELLES A TOLEDE
par Carlos Arroyo Zapatero, lauréat d’Europan 6, architecte, enseignant à Madrid (E)


Carlos Arroyo Zapatero : Si on veut mettre en oeuvre de la mixité, il faut une équipe de concepteurs toute entière consacrée à cela. Dans tous les cas, les rapports entre concepteurs et clients sont difficiles parce qu’ils ont des cultures et des poins de vue différents, mais il faut que l’équipe de conception ait une aptitude au dialogue et à la négociation parce que celle-ci permet de mieux gérer la mixité.

Dans le projet lauréat de Tolède, nous avons produit un système qui permet de faire face aux exigences inattendues en termes programmatiques, qui permet de satisfaire toute une variété de demandes selon les différentes utilisations. Au départ il s’agissait dans la planification de concevoir surtout de l’habitat, mais nous avons pu, grâce à notre idée, développer au concours, inclure une combinaison de locaux commerciaux, d’activités et d’habitat.
Nous avons tissé une sorte de tapisserie, non plus des îlots isolés dans le paysage, mais un réseau unique, avec espace social et public imbriqué, ce qui permet de créer des relations de voisinage.
Nous avons conçu trois structures de base différentes, avec chaque fois un volume compatible avec certains usages, des ateliers, des appartements… Selon la demande, on peut choisir un des volumes.
Nous avons défini des cadres et des structures constants mais tous les autres paramètres peuvent être flexibles. La même procédure est appliquée à l’espace public dont nous avons découpé différentes zones, traitées chacune selon la surface possible. Nous pouvons donc par conséquent avoir toute une variété de situations du public au privé selon les parcelles. Ce système structurel devient système de décisions et découpe le projet à différents niveaux.
Ainsi les gens qui vivront dans ces habitations auront le choix en ce qui concerne l’organisation de leur habitat. Il s’agit d’aboutir à un système de production de l’habitat démocratique : satisfaire les vrais besoins de la population et pour cela il faut comprendre ces besoins. Ici on touche aux deux thèmes de la mixité et du développement durable. La plupart des habitations sont aujourd’hui conçues pour une famille moyenne, en fonction du nombre moyen d’enfants. Mais la situation n’est plus la même, la famille n’est plus le seul mode d’organisation sociale. Il y a toute une variété d’autres systèmes domestiques. Il faut produire des logements adéquats et adapter les logements. En effet chaque fois que quelqu’un déménage, il doit modifier l’appartement pour son usage et ceci n’est pas conforme à l’idée de développement durable : dépenses supplémentaires, matériaux de mauvaise qualité utilisés…
Nous avons défini une série de critères pour le développement durable, servant de lignes directrices comme celui de l’énergie renouvelable, le Label « éco », les matériaux qui sont produits avec peu de consommation énergétique. Mais nous avons également inclus des critères de développement social appropriés.


On a qualifié ce projet de « green dog »… Nous avons fait une présentation devant la ville, aux associations du quartier. Il y avait des contradictions avec la planification existante, pas seulement au niveau local, mais également au regard de la loi qui impose d’indiquer combien de logements seront inclus dans un bâtiment. Nous avons dû contourner un peu la législation en utilisant le mot « approximativement » ou « à peu près 650 unités » car si nous voulions conserver de la flexibilité, nous ne pouvions pas figer les logements dans les volumes des immeubles.


Nous avons reçu la commande ensuite pour le projet détaillé de toutes les infrastructures, les réseaux et pour un projet schématique de tous les bâtiments. Nous développerons une partie des bâtiments tandis que d’autres équipes s’occuperont du reste.



Edouardo Aragoneses, représentant de la Région Castilla- La Mancha, aménageur : Le Gouvernement de Castilla-La Mancha s’est inspiré de l’idée principale d’Europan : l’urbanité accompagnée du développement durable. Europan présente des avantages importants, par rapport à d’autres concours. Très souvent nous savons déjà à l’avance quel sera le résultat d’un concours. Tandis que la situation dans le cadre de l’Europan est différente. La maîtrise d’ouvrage a déjà une idée de ce qu’il faut faire mais c’est pendant le développement du concours vers sa réalisation que les éléments se précisent, comme cela s’est passé à Tolède. Cette zone a été développée dans les années 70 comme résidentielle et il fallait aujourd’hui permettre à d’autres activités commerciales et industrielles de se développer. À partir de 19h00 le soir dans ces quartiers, il ne se passait plus rien. Nous avons présenté ce site au concours car nous souhaitions combiner un usage résidentiel avec un usage économique.
Le projet apporte un dispositif très innovant et même si des modifications du projet ont été nécessaires, le principe posé par l’équipe lauréate a été conservé.

La ville de Tolède était responsable de la mise en oeuvre détaillée des aspects urbains du projet. La municipalité a appuyé la structure publique régionale responsable de la construction des logements. Nous avons souhaité cadrer précisément le travail des architectes qui interviendront sur divers bâtiments, même si le concept urbanistique, selon leurs auteurs, est suffisamment fort pour résister aux transgressions des architectes d’opération.

 
  Débat avec les représentants des villes d'EUROPAN 8


Gerd Rheinhardt, Maire de Leinefelde, Allemagne : Pour moi, dans ce projet, la durabilité c’est la flexibilité qui permet de réagir et de prendre en compte les exigences et besoins des habitants dans le temps. Mais jusqu’où les investisseurs sont-ils prêts à aller pour construire un tissu qui répondra aux exigences de la ville ? La responsabilité des architectes et leur connaissance des paramètres sociaux sont importantes.

Carlos Arroyo Zapatero : Dans notre projet, il y a différentes échelles de flexibilité, en fonction de différentes couches sociales d’habitants. Cela consiste à contrôler ce qui n’est pas prévisible, pour que, dans ce processus de design et de construction, on puisse s’adapter aux exigences naissantes et aux situations changeantes.

Gerd Rheinhardt : La réutilisation et la mixité sont les principes du projet. Mais n’y a-t-il pas un danger que l’espace ne puisse pas vraiment être achevé ou qu’il soit réalisé avec une moins grande qualité ?

Edouardo Aragoneses : Pour ce qui est de ce site particulier soumis au concours, l’équipe lauréate a su au mieux répondre à ce défi : flexibilité autour d’une structure principale fixe se déclinant en logements de différents types. Tout cela crée également un environnement très utile. Les logements sociaux types mesuraient pour la plupart 90 m2 à Castilla- La Mancha, avec le projet certains sont plus grands, mais certains ont été réduits, tout cela en prenant compte la demande des familles et de la diversité des habitants. Le système du projet le permet.

G. Zdravko Mlinar, professeur de sociologie Université de Ljubljana : On nous a parlé de la mixité multifonctionnelle mais qu’en est-il de la mixité sociale ?

Carlos Arroyo Zapatero : Je voudrais comparer notre travail avec, lors des premières étapes de la révolution soviétique, ce qu’on a essayé de faire valoir, la mise en oeuvre des changements de la société par le biais de l’architecture, en modifiant ainsi les rapports humains, en changeant la base architectonique de cette société. Ce qui change également c’est la signification de la structure humaine par rapport à la structure économique tout dépend des changements au sein des familles, au sein des groupes. Ensuite il faut connaître quelle est leur mobilité, comment les gens se déplacent dans un espace etc… Comment se crée ce genre de relations, les architectes eux-mêmes doivent s’interroger, étudier ce problème pour fournir plus de solutions à ces nouvelles situations. Dans l’étude que nous avons faite conjointement avec les sociologues à Madrid, en s’interrogeant sur les véritables besoins des gens, on a pu constater que tout le monde semble avoir des idées qui peuvent paraître utopiques, mais qu’on peut réaliser à condition de ne pas être frileux.

Thomas Berger, Directeur de l’urbanisme à Gersthofen Allemagne. Je crois vraiment que l’architecture change la vie sociale. La vie change, mais nous ne savons guère où nous allons. Nous devons réagir sur ces incertitudes avec un plan d’urbanisation et je pense que l’urbanisme est un peu en retard. Il y a eu des époques où les architectes présentaient des idées très fortes... Nous vivons une époque très intéressante parce qu’il n’y a pas de modèle architectural dominant ou qui soit considéré comme le seul correct. Mais l’architecte a la responsabilité et il faut être très précis en ce qui concerne l’échelle du travail qu’il introduit. À cet égard les concours d’idées peuvent très précieux. Parce qu’ils doivent ouvrir les idées…

Didier Rebois, Secrétaire général d’Europan : Laisser une marge de manœuvre aux architectes sur l’interface programme-espace est important – en particulier dans un concours comme Europan – pour qu’ils proposent des systèmes urbains et architecturaux capable de gérer la mixité fonctionnelle. Comment peut-on laisser au concurrents d’Europan des marges de manoeuvre assez fortes pour proposer des programmes complexes sur les sites sans que les idées qui en résultent soient inadaptées au contexte ? Je crois que les exemples comme Tolède montre que c’est possible mais à condition toutefois que plutôt que des prescriptions programmatiques, le programme proposé au concours développe une analyse autour de l’évolution des modes de vie dans le contexte proposé. C’est très important quand un jeune concurrent italien répond sur un site en Suède ou en Norvège qu’il comprenne bien les échelles, la culture de la mixité telle qu’elle peut se pratiquer, pour savoir comment il peut opérer des mélanges, qui prennent en compte ce que les situations peuvent absorber. Il s’agit de donner aux concurrents un cadre de référence sur les usages plus qu’un programme figé même multifonctionnel.

Cornélius Brekke, Secrétaire Europan Norvège : A Tolède, vous avez longuement réfléchi à la manière dont vous souhaitez traiter ce site programmatiquement, économiquement, aussi en intégrant certains paramètres concernant le développement durable. Vous avez posé cette question : comment résoudre cela dans ce cadre spécifique. Vous avez mentionné les codes à prendre en compte. Ils permettent de discuter concrètement comment les nouveaux habitants peuvent participer et comment les projets peuvent générer d’autres styles de vie. Est-ce que vous avez pensé à la manière dont les gens peuvent s’emparer des paramètres généraux que vous avez définis ?

Carlos Arroyo Zapatero : Le mot clé est celui de « critères » et non de codes, car il laisse la porte ouverte à des choix. Alors que les codes spécifient exactement certaines choses, les critères laissent des marges de manoeuvre. En Espagne, les gens réclament des logements de trois pièces mais uniquement parce que c’est l’offre existante, le code dominant. Si on prend des risques, que l’on brise ces codes, et que l’on leur offre des alternatives en modifiant l’offre, alors vous serez surpris par la variété des options de vie qui se présenteront. À l’échelle de la planification des villes, c’est la même chose, si vous essayez de développer un programme en conformité avec les normes urbaines, vous allez déterminer ce programme par l’offre. Essayer de ne pas faire intervenir toujours l’offre et les normes dans vos choix et préférer offrir un cadre ouvert à la demande diversifiée. c ’est très important.
 
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